La Comptabilité Du 21ième Siècle : Des Changements Tous Azimuts

Le Congrès des professions économiques est devenu la journée de l’année, c’est même le deuxième congrès en Europe pour ce secteur. Votre présidence vous permet-elle de percevoir au mieux l’évolution de la profession ?

C’est vrai, je suis consulté régulièrement par des acteurs du secteur qui m’interrogent sur ma perception et les tendances du marché ou me présentent leurs idées ou leurs projets. Une fenêtre qui m’éclaire sur un secteur et un métier en pleine ébullition.

Ebullition ? Que voulez-vous dire ?

Depuis très longtemps, les technologies déterminent sensiblement notre métier. Elles le déterminent car notre travail est pour de nombreux cabinets un travail productif, où chaque outil participe favorablement ou défavorablement à la chaine de production. Mais depuis 5 ans, les choses changent fondamentalement. D’abord la réalité internet s’est considérablement normalisée. Elle imprègne notre quotidien. La réalité du Cloud devient effective, et les attentes de nos clients évoluent tout le temps. Il y a peu encore, opter pour un logiciel «délocalisé » dans les nuages ou ne plus disposer physiquement de sa base de données au sein du cabinet étaient impensable. Aujourd’hui, c’est acceptable, c’est même recommandé, tant du point de vue de la fiduciaire que celle du client à la recherche de mobilité, de sécurité ou d’accessibilité. La normalisation du web, c’est aussi celle des technologies qui permettent aujourd’hui de rencontrer des outils full web devenu très performants. C’est un vrai changement. Il y 5 ans, seules les solutions « émulées » sur un serveur étaient possibles et séduisantes.

Concrètement, comment envisagez vous la comptabilité d’ici 2020 ?

Tout à fait différemment. L’étape actuellement en cours est celle de l’automatisation facilitée. Le principe consiste grâce aux nouvelles technologies ou des innovations intégrées (ou bridgées, c’est-à-dire interconnectées) pour l’essentiel dans le logiciel comptable de rendre l’imputation comptable semi automatisée. C’est le cas des écritures financières par le biais de Coda, c’est aussi le cas des factures par le biais de la digitalisation et du futur de la facture électronique, qui demain, sera échangée plus facilement à l’aide d’une plateforme d’échange universelle.

Cette automatisation n’est pas une menace pour la profession qui reste ici le maitre d’oeuvre et l’architecte de cette automatisation. Le professionnel va pouvoir davantage se consacrer à la construction d’une comptabilité véloce et intelligente alors que la même énergie était hier consacrée essentiellement au « Handling » (manipulation) des documents et à sa mécanique.

Cette automatisation va également rapprocher la comptabilité de l’entrepreneur. Au lieu de réaliser des situations à l’année, au trimestre ou au mois t+1, nous allons aller vers des comptabilités «on line», c’est-à-dire en temps réel. D’une comptabilité «constatante» nous irons vers une comptabilité « reflétante » de la situation au temps t. Le professionnel gagnera en légitimité car ses états financiers (ses rapports) colleront à la réalité du moment. L’intérêt de l’entreprise sera clairement en éveil. Et le conseil pourra enfin trouver une place et une écoute satisfaisante. Et ce dans un cadre plus valorisant… et plus valorisé.

Ceci vous semble une fiction ou un futur proche ?

C’est vraiment à nos portes. Ces tendances sont devenues des réalités : comptabilité en ligne, échanges de coda et de factures électroniques, … aujourd’hui tous ses outils existent. Regardez par exemple l’e-fff (standard de la facture électronique), il est déployé dans uns quarantaine de logiciel, technologiquement tout est prêt. Reste à vaincre un peu de résistance et poursuivre cette évolution qui deviendra vite une normalité, avec d’autres nouveautés…

Vous voyez donc la relation de la fiduciaire et de son client sensiblement évoluer ?

Bien sûr. Aujourd’hui, certains éditeurs de logiciels commencent à proposer des portails pour rapprocher le client de son conseiller. Fini le transit de la boîte en carton fourni de documents en désordre et bonjour la relation ordonnée, où chacun en dégage efficacité et information. L’étape suivante sera de relever les divers degrés d’intégration des solutions offertes par des opérateurs multiples et innovants qui seuls ne peuvent apporter ce niveau d’intégration.

Autre grand challenge : rendre les outils de reporting simple et accessible, dans un modèle où la valeur ajoutée des professions économiques pourra amplifier et garantir le levier d’information. Là aussi des solutions émergent. Je pense notamment à un confrère qui s’est lancé dans une initiative sur ce point qui mérite au minimum notre meilleure considération.

Les fiduciaires sont-elles aujourd’hui conscientes de ces changements ?

Chaque mois, des informations sont publiées sur ces thématiques. Mais aussi le cadre légal de la profession s’adapte. La France, par exemple, vient de subir un lifting important de ses règles : le professionnel a reçu davantage de possibilité de sortir de l’exercice strict de la comptabilité pour aborder des métiers de conseiller et de compagnon des entreprises dans des champs de compétences élargis. L’IPCF et l’IEC prennent des initiatives pour sensibiliser le professionnel dans ce sens. L’initiative du portail www.beExcellent.be est remarquable sur ce point.

L’avenir vous rassure, semble-t-il ?

Le changement est une menace et une opportunité. Je suis de ceux qui pense que nous vivons une période semblable à la renaissance. L’internet et les innovations y associées nous permettent de réinventer le monde dans plein de domaines. Oui la comptabilité dans 10 ans ne sera plus la même, mais ne sommes nous pas fondamentalement réjouis des nouvelles perspectives du métier qui nous éloignent de la mécanique pour produire davantage de valeur pour nos entreprises, nos clientes.

FFF, 6ème édition déja!

L’aventure du Forum est unique. En 6 éditions, ce congrès des professions économiques s’est transformé en une grande messe de taille internationale. L’année passé 4.600 inscrits rejoignaient durant une journée les ténors de la profession.

Avec un budget de 850.000 euros cette année, l’évènement se hisse à la deuxième place des congrès en Europe, juste après le très reconnu Congrès des experts-comptables français. Avec un déménagement au Heysel, les organisateurs misent cette année sur le changement pour améliorer le concept : des salles mieux insonorisées, des accès au parking améliorés, un hall entièrement dédiés (10.000m2), des conférences espacées de 15 minutes et d’une durée de 60 à 120 minutes pour améliorer le format et les contenus, un auditorium de 1.600 places pour l’organisation de deux plénières mémorables et enfin une soirée de gala, une première en Belgique.

La 6ème édition s’annonce bien. Mais ce n’est pas tout puisque la 7ème édition devrait accueillir encore d’autres nouveautés.

Emmanuel Degrève, en quelques mots…

Ingénieur commercial UCL et maitre en fiscalité ULB Solvay, il est conseil fiscal et à la tête d’un cabinet implanté à Bruxelles et à Liège.

Il est le fondateur et le président du Forum for The Future depuis 2008.

Il est également membre du conseil de l’IEC depuis 2007 et de son Comité Exécutif depuis 2010.

Professeur à la CBC Bruxelles et à l’Ephec d’IPP.

Pilier de la facture électronique pour les  rofessions économiques, et instigateur de l’E-fff.

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